Passer au contenu principal

Messages

Anne Hébert, L'enfant chargé de songes

S eptembre 2022 L’enfant chargé de songes, c’est l’être humain lesté de complexes, de fantasmes et de délires. L’enfant traumatisé par son éducation, conçue pour le protéger du monde et de la réalité. Ces « songes » sont le fruit d’un attachement maternel démesuré : un amour jaloux et impitoyable qui tue la vie dans l’œuf, de peur qu’elle ne prenne son envol et ne quitte le nid maternel. La mère, Pauline, citadine ayant échoué à la campagne, non par amour de la vie rustique, mais par simple volonté de se conformer à ce qui semble constituer la mode du moment (vivre près de la nature), est transie d’effroi face à la vie, dont témoigne sa phobie des insectes (et des jeunes filles rebelles, véritables guêpes d’octobre). Pauline tente par tous les moyens d’inculquer cette peur à ses enfants, Julien et Hélène, mais n’y parvient pas vraiment : ils découvrent la tentation de la vie démuselée grâce à Lydie, une femme fatale qui sensibilise les enfants aux frissons du danger et pré...

Dany Laferrière, Le goût des jeunes filles

Dany Laferrière. Le goût des jeunes filles (version remaniée par l’auteur) (VLB éditeur, 2004) Impressions de lecture, juillet 2017 Le titre du roman fait écho à A l’ombre des jeunes filles en fleurs de Proust. Tout comme le narrateur proustien, Vieux-Os finit par s’infiltrer parmi les jeunes filles qu’il a pris l’habitude d’espionner langoureusement. Le personnage pubère, vivant avec sa mère et ses tantes (dont l’une est prénommée Gilberte, comme Mlle Swann), est fasciné par la vivacité et la beauté de ses voisines, toutes des adolescentes qu’on pourrait dire de petite vertu. Laferrière, tout comme Proust, pratique ici une pensée-fleuve : il se laisse dériver. Il pousse cette tendance encore plus loin dans ses romans qui ne font pas partie du cycle américain, par exemple dans  L’art presque perdu de ne rien faire . Ce quatrième roman du cycle se préoccupe, lui aussi, de l’importance du détail, de la puissance parfois sournoise et souterraine des petits pépins susceptibles de fair...

Jacques Poulin, Les grandes marées

Septembre 2017 J’ai beaucoup aimé ce roman. C’est le premier roman de Jacques Poulin que je lis et je vais certainement poursuivre la découverte de son œuvre. Un style unique, du moins pour mes connaissances, et une imagination libre et riche. Les grandes marées est un roman de la fable et non pas tant de la langue, à la différence de L’Avalée des avalés , par exemple. Dans ce sens, il s’inscrit dans une tradition caractéristique plutôt du monde anglophone. Ce n’est pas pour rien que l’auteur est bilingue, qu’il a été lui-même traducteur et qu’on le considère comme le plus américain des écrivains québécois. Sous la simplicité apparente, sous l’extrême dépouillement de l’univers romanesque du début du livre, on découvre tout un embrouillamini de chemins sinueux. Telle une Ying Chen, Poulin est un auteur qui affectionne le mode suggestif et le préfère largement au mode assertif. Ainsi, la fin du roman laisse perplexe – qui est cet homme au fusil qui se tient à l’orée du bois sur l’îl...