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Kim Gordon et Voyeur à Montréal en 2026 : une belle occasion pour la relève du rock alternatif

Kim Gordon, bassiste et co-vocaliste de Sonic Youth, a publié trois albums à l’heure des bilans (à 66 ans, à 72 ans et à 73 ans) et s’est offerte une tournée mondiale, dont un passage à Montréal le 12 septembre 2026. À l’occasion de ce concert, je me suis familiarisé avec ses trois opus, que je n'avais pas écoutés. Je savais qu’elle avait lancé une carrière solo après la dissolution de Sonic Youth, qui a fait suite à celle de son mariage avec Thurston Moore, mais je n’avais jamais été particulièrement enthousiaste pour la connaître de près. Ce n’est pas faute d’aimer le groupe, mais parce que je m’attendais à quelque chose barbant, à une autre velléité d’attirer les feux des projecteurs, de vendre ce qui reste à vendre et de pomper ce qu’il y a à pomper d’une carrière en perte de vitesse; le pari souvent tenté et rarement réussi de bon nombre de vedettes d’hier. Est-ce aussi le cas de Kim Gordon? En partie oui, mais contrairement à d’autres mastodontes du rock, elle le fait de fa...

Kim Thayil, A Screaming Life: retour aux origines de Soundgarden et fresque d'une époque

Ce livre nous offre non seulement l’histoire du groupe Soundgarden, mais aussi une fresque représentant l’ère du grunge à Seattle, ce dernier grand courant du rock qui a marqué plusieurs générations et qui continue de faire des vagues presque 40 ans plus tard. J’ai été agréablement surpris d'apprendre, dans l’infolettre du site de Soundgarden, la parution de l'ouvrage, et j’ai immédiatement commandé un exemplaire. J’avais 13 ans quand leur dernier album avant le premier hiatus, Down on the Upside , est sorti, en 1996. Je suivais une émission télévisée musicale, parrainée par PolyGram, qui présentait les nouvelles sorties de l’étiquette. Ils y avaient fait jouer Pretty Noose , le tout nouveau simple du groupe. J’avais été hypnotisé par l’étrangeté et la profondeur de cette musique. Amateur consommé de Nirvana, de Radiohead et de Red Hot Chili Peppers, j'avais trouvé que Soundgarden cumulait ces directions musicales tout en les amenant à un autre niveau, plus abstrait, plu...

Un premier jour de l'été extrême et réjouissant : Napalm Death, Primitive Man, Portal Tomb et Wiegedood

C’était une journée de début d’été. La chaleur se faisait encore discrète, le climat était agréable, les rues commençaient à se remplir de promeneurs. La torpeur de l’hiver était officiellement chose du passée. Pour quelques mois. Le 1er juin 2026. La splendeur des premiers rayons de soleil d’été jurait drôlement avec la tenue macabre des métalleux rassemblés devant le Théâtre Fairmount. T-shirts noirs décorés de têtes de morts, de visions sordides, de scènes traumatisantes, de paysages désolants. Visages contemplatifs, calmes, recueillis ou alors joviaux et moqueurs. Une ambiance de tolérance et de paix qui formait un joli contraste avec l’esthétique violente qui couvrait les corps. Aujourd’hui, on voyait un groupe spécial, unique en son genre. Napalm Death, les parrains du grindcore, ce curieux mélange de punk hardcore et de death metal, qui savent marier la rage et l’horreur à une drôlerie loufoque. Un groupe que j’avais vu pour la dernière fois en 2011, en compagnie de Therapy?, un...

Tennessee Williams, La chatte sur un toit brûlant

Après avoir lu et décortiqué Un tramway nommé désir , je me suis lancé à découverte de la deuxième pièce la plus célèbre de Tennessee Williams, La chatte sur un toit brûlant . Un dispositif scénique complexe, une multitude de personnages, une intrigue formée de plusieurs fils narratifs : cette œuvre jure avec le minimalisme d’Un tramway nommé désir. Je l’ai cependant trouvée plus vivante, vraie de cette vérité palpitante et en même temps irrésolue qui est, en fait, la vie tout court. L’intrigue se tisse autour du sort de Brick, fils d’un entrepreneur agricole puissant, ancien joueur de football, devenu par la suite reporter sportif et, tout dernièrement, alcoolique désœuvré, et de son épouse Maggie, la « chatte » en question. Brick boude la couche de sa femme depuis longtemps, et le dramaturge nous laisse incertains sur les raisons de cette abstention. D’une part, le moment où Brick sombre dans la boisson coïncide avec le suicide de son meilleur ami et partenaire de jeu, Skipper. On ap...

Tennessee Williams, Un tramway nommé désir

Tout d'abord, j’avais trouvé cette pièce un peu prévisible, simpliste, du point de vue contemporain. Elle ne l’était sûrement pas à l’époque de sa parution, à la fin des années 1940, à une époque où le fascisme montrait déjà son visage hideux à l’horizon. Blanche DuBois incarnait visiblement une sensibilité et une vulnérabilité romantique qui s’opposait à la brutalité du monde environnant, en proie à ses pulsions de domination et de destruction. Cela étant, elle restait un personnage subtil et complexe : elle pouvait paraître tour à tour vicieuse, grotesque, noble et gracieuse. Elle a menti sur son véritable train de vie, elle s’invente une existence et une identité qui jure cruellement avec le caractère tragique de sa vie réelle. Mais cette dualité, n’est-ce pas le drame de bien des humains? N’est-elle pas notre condition absurde, à nous, qui nous drapons dans une image confectionnée pour les réseaux sociaux, une image lustrée digne d’un magazine people (je trahis mon âge) ou d’un...

Ralph Ellison : Homme invisible, pour qui chantes-tu?

Paru en 1952, ce roman fait partie du canon littéraire américain, et son auteur a sa place au panthéon littéraire du pays. Souvent cité comme étant le premier roman moderne publié par un auteur afro-américain, il entre en dialogue avec de grands mouvements de son temps tels que l’existentialisme, le théâtre de l’absurde, le surréalisme, etc. tout en s’inscrivant dans un contexte historique bien précis : le mouvement des droits civiques. À la fois social et personnel, historique et psychologique, réaliste et onirique, c’est un texte remarquable tant par son style que par l’originalité de son intrigue. Le roman gravite autour du grand thème du racisme, mais plutôt que de s’en tenir à ses manifestations extérieures, économiques et sociales, il scrute ses séquelles individuelles, les traumatismes profonds et les distorsions qu’il inflige à ses victimes. L’invisibilité est, on l’aura deviné, une métaphore de l’effacement, de la déshumanisation des Afro-américains.  C’est un récit initia...

Iggy Pop : New Values

Voici mes impressions d’un album d’Iggy Pop des années 1970, le fameux New Values , dont le succès à l’époque fut relatif, mais qui est néanmoins un album assez fin est subtil. L’instrumentation est typique du glam rock à la David Bowie de la même époque, mais Iggy pousse l’expérimentation un peu plus loin, créant des paysages sonores et esthétiques qui frisent le post-punk. Les paroles sont évocatrices, ambiguës, riches en possibilités et en même temps très terre-à-terre, quotidiennes, expédiées dans l’urgence et l’inconfort d’une vie ouvrière. Car, dans plusieurs chansons, Iggy évoque sa condition d’ouvrier, et c’est dans ce sens, un album qui revendique une appartenance politique gauchiste. Les nouvelles valeurs du titre seraient le mirage d’une vie plus heureuse et plus juste pour tous. 1. Tell Me a Story Coups de cœur : 5 sur 6 Chanson dont la forme évoque les Rolling Stones. Pensées décousues, chaotiques. D’emblée, nous sommes conviés dans un monde aux prises avec la sub...

Kurt Vile & The Violators + The Sadies : la fougue sereine

* Février 2019 Montréal fut la deuxième escale dans la tournée nord-américaine de Kurt Vile & The Violators en compagnie des Torontois The Sadies . Le folk-rocker indé inimitable, membre fondateur de The War on Drugs qui poursuit actuellement un projet solo de plus en plus connu, nous a offert un spectacle inoubliable devant une salle pleine à craquer, le 15 février 2019 au M-TELUS. The Sadies, en première partie, avec leur country débridé, composé et joué avec grâce, ont aimanté le public, qui leur a réservé un accueil digne d’une vedette de soirée. Après un entracte qui nous a paru un peu plus prolongé que de coutume, le band philadelphien s’est faufilé sur scène, avec Kurt en tête. Ils ont empoigné leurs instruments et, sans préambule, ont fait jaillir le premier carton de leur dernier album, Loading Zones .  Nous avons été immédiatement transportés dans l’univers nuageux de leur « dirty little town » que la vidéo nous avait déjà fait entrevoir. Non seulement il n’y a eu a...