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Messages

Kurt Vile & The Violators + The Sadies : la fougue sereine

* Février 2019 Montréal fut la deuxième escale dans la tournée nord-américaine de Kurt Vile & The Violators en compagnie des Torontois The Sadies . Le folk-rocker indé inimitable, membre fondateur de The War on Drugs qui poursuit actuellement un projet solo de plus en plus connu, nous a offert un spectacle inoubliable devant une salle pleine à craquer, le 15 février 2019 au M-TELUS. The Sadies, en première partie, avec leur country débridé, composé et joué avec grâce, ont aimanté le public, qui leur a réservé un accueil digne d’une vedette de soirée. Après un entracte qui nous a paru un peu plus prolongé que de coutume, le band philadelphien s’est faufilé sur scène, avec Kurt en tête. Ils ont empoigné leurs instruments et, sans préambule, ont fait jaillir le premier carton de leur dernier album, Loading Zones .  Nous avons été immédiatement transportés dans l’univers nuageux de leur « dirty little town » que la vidéo nous avait déjà fait entrevoir. Non seulement il n’y a eu a...

Alice in Wonderland en français : étude comparative de trois traductions du livre de Lewis Carroll

Alice in Wonderland en français : étude comparative de trois traductions du livre de Lewis Carroll Auteur: Yavor Petkov On risque d’être surpris en découvrant qu’un des livres les plus traduits du monde est réputé intraduisible; qu’un des livres pour enfants les plus emblématiques n’est pas tout à fait un livre jeunesse; que l’auteur d’une aventure livresque parmi les plus insolites était connu pour sa personnalité traditionnelle, conservatrice, voire austère, et que sa figure est aussi controversée qu’entourée de mystère; qu’un narratif plutôt opaque s’est gagné un tel attachement de la part du public. Alice in Wonderland est un effectivement livre tissu de contradictions, à l’instar de son auteur. Pour les traducteurs d’aujourd’hui et d’antan, il a toujours incarné un défi particulier, ce qui explique en partie le désir jamais assouvi de s’y essayer encore et encore, que ce soit sous la forme d’une traduction au sens propre ou de diverses adaptations ciblant des publics et des objec...

Emmanuelle Pierrot, La version qui n'intéresse personne

Un page turner , écrit à la façon d’un thrilleur, accrocheur, bien rythmé, plein de suspense. Le roman soulève des interrogations inquiétantes d’une brûlante actualité : le sexisme qui perdure, à peine décoiffé malgré des décennies de luttes féministes, omniprésent jusque dans les communautés dites alternatives, qui se font souvent fortes de porter des messages progressistes d’égalité et de respect. À Dawson, village yukonnais associé volontiers à la Ruée vers l’or du Klondike, d’un charme touristique certain, l’héroïne du roman, Sasha, une punk montréalaise, s’y établit avec son ami d’enfance Tom, entourée de ses amis punks et anarchistes, tous arborant fièrement leurs convictions gauchistes.  Au fil des pages, le climat placide qui règne parmi les amis s’assombrit progressivement, et Sasha finit par devenir la cible d’une cabale cruelle aux motivations sexistes.  La communauté progressiste s’adonne sans trop de gêne à un ostracisme implacable dès lors qu’une personne est res...

John Steinbeck, Les raisins de la colère (trad. Maurice-Edgar Coindreau et Marcel Duhamel)

John Steinbeck, Les raisins de la colère (trad. Maurice-Edgar Coindreau et Marcel Duhamel) Contexte historique Le roman raconte la migration forcée d’une famille « d’Oakies », c’est-à-dire d’habitants des États du Sud. Migration forcée, en effet, car ce qui pousse les paysans à quitter leurs terres est l’impossibilité de continuer à les cultiver et donc de subvenir à leurs besoins, la révolution technologique en agriculture imposant l’omniprésence des tracteurs et des technologies d’élevage industrielles et chassant les paysans de leurs fermes. Les Joad sont des métayers, c’est-à-dire des « personne[s] qui exploite[nt] une métairie, qui bénéficie[nt] d’un bail à métayage », le métayage étant un « mode de location d’un domaine agricole, stipulant le partage entre le propriétaire et le locataire du produit des récoltes, variable selon les années », selon le Dictionnaire de l’Académie française . Autrement dit, les paysans ne possèdent pas la terre qu’ils labourent. Ces gens ont d’abord ...

Bizarrerie et langueur montréalaises: Yum, Magi Merlin et The Forties

Trois artistes montréalais de styles différents mais animés d’une veine partagée ont joint leur forces pour une soirée intime le 4 avril, à l’espace artistique et club social  Le Scaphandre  (The Diving Bell). Le trio  Yum , l’artiste solo  Magi Merlin  et le projet  The Forties  ont offert à un public clairsemé mais dévoué un programme musical concis, compact, de courte durée mais bien articulé. Cette veine partagée se situait au confluent d’une bizarrerie ingénue, teintée de nuances modérément glauques, et des sensations langoureuses d’une pop R&B aux allures hipster. L’espace du club social était particulièrement adapté à l’événement : très spacieux, enveloppé de ténèbres énigmatiques, rempli d’une froideur stylée. Ce n’est pas un bar tout court mais un terrain artistique polyvalent intégrant entre autres un comptoir. Une  présentation approfondie  a déjà paru sur les pages de KMW l’été dernier, à l’occasion de son inauguration. ...

Red Hot Chili Peppers, The Strokes et Thundercat au centre Rogers, Toronto

Le 21 août 2022, je suis allé regarder ces trois artistes : l’occasion pour moi de revisiter et de redécouvrir la capitale de l’Ontario. La sonorisation était ce que j’aie entendu de plus horrible à une scène de cet acabit. Je m’explique difficilement cette faille frappante. Serait-ce que les caractéristiques acoustiques du centre Rogers ne soient pas adaptés aux spectacles de musique? En tous cas, c’est fort étonnant quand on sait que les groupes de cette renommée amènent habituellement leur propre équipe de techniciens sur les lieux. Seuls The Strokes pouvaient se féliciter d’un son qui fasse plus ou moins honneur à leur musique. Chez les autres artistes, il s’agissait d’un brouhaha inintelligible que l’on ne peu écouter qu’en ayant des bouchons dans les oreilles. Thundercat La prestation et la présence même de cet artiste à un tel événement m’a paru un peu gratuite. C’était du jazz recouvert d’un vernis pseudo-punk, mi-figue mi-raisin, se soustrayant aux exigences élevées d’un publi...

Alvvays : la lèvre supérieure rigide d’une petite fille triste

Mars 2023  Le groupe canadien Alvvays ne nécessite plus de présentation pour les amateurs de pop-rock indé contemporain. Leurs airs rêveurs et tristes, tissus d’un calme éthéré qui berce et enveloppe l’auditeur, ont su enthousiasmer plus d’un depuis 2011, année de fondation du quintet. Le concert a eu lieu à Montréal, début mars, au M-Telus, sans faire trop de vagues, mais il a su réjouir les admirateurs du groupe originaire de l’Île-du-Prince-Édouard. C’était un soir sombre et glacial de fin d’hiver. La lumière était au bout du tunnel mais paraissait peu à même de nous réchauffer. Nous sommes arrivés un peu en retard et n’avons pu assister qu’à la clôture de la prestation du groupe qui assurait la première partie, DISQ. Ma mémoire en garde le souvenir d’une salve de punk-rock emballé et stylé qui laboure l’imaginaire de l’auditeur dans l’espoir d’en soutirer une émotion. Musicalement, ce n’était rien de bien nouveau : un rock d’adolescents de bonne famille espiègles et un peu fâch...

La fougue disciplinée: Meggie Lennon, Legal Vertigo et Bon Enfant

Fan de Canailles, j’ai été tout de suite intrigué par le nouveau projet de Daphné Brissette, Étienne Côté et Mélissa Fortin – Bon Enfant. J’en ai entendu parler pour la première fois il y a presque un an. C’est à cette époque que mon oreille a pu capter les derniers accords de leur spectacle sous l’aile des dimanches Déplogue! au Quai des brumes. Je suis arrivé très en retard ce soir-là, mais j’ai quand même pu deviner l’espèce de rock progressif qui épousait étonnamment bien la voix abrasive de Brissette, front-woman de Canailles. Alors, quand j’ai remarqué la myriade d’affiches couvrant actuellement les murs de Montréal et annonçant la venue au monde de leur premier opus éponyme, je me suis promis de ne plus manquer l’occasion. D’autant plus que, en attendant, j’ai pu faire connaissance avec leur nouveau-né en ligne. Cette fois-ci l’occasion nous a été offerte par le festival M pour Montréal, hébergé ce jour-là par Le Ministère. Aux côtés de Bon Enfant, nous avons pu découvrir deux a...

Dans le feu de l’action: Fiver et Cyber à Montréal

C’était un soir d’avril froid, maussade, défoncé par les vents. Trois jours avant, la cathédrale Notre-Dame de Paris avait pris feu, semant l’angoisse et l’incompréhension à travers le monde. Les pages Facebook des journaux claironnaient toutes le même désolant accident. Dans un tel climat peu propice aux divertissements, je me suis aventuré dans la chaleureuse clarté de la Casa del Popolo, où, le 18 avril, quelques jours avant Pâques, la formation canadienne Fiver se produisait sur les planches, accompagnée de l’artiste montréalaise Cyber. Cyber Cyber est le nom de scène de l’artiste montréalaise Loedie Domond. Avant de se lancer dans le R&B expérimental, elle a poursuivi une carrière dans le gospel. Son nom n’est point nouveau pour le public d’ici – en 2012 elle lançait déjà ses premières vidéos, dont l’une des plus connue est sa collaboration avec Kaytranada, «Down Low». Si à cette époque la musique de Domond s’apparentait à une esthétique hip-hop plus conventionnelle, quelque p...

Cheshire Carr à la Maison de la culture Notre-Dame-de-Grâce

Le dernier jour glacé de cet hiver s’est terminé pour moi dans la chaleur discrète de la Maison de la culture Notre-Dame-de-Grâce – un lieu qui me change toujours les idées et qui, mine de rien, finit par me sortir des impasses dans lesquelles je m’égare tout seul. Tout comme le quartier qui l’entoure, la Maison est vieille, taciturne, aux escaliers grinçants. On dirait à tort qu’elle sent le moisi (puisqu’en réalité elle sent bon). Elle a le cœur radieux et tendre.  C’est bien dans cet espace accueillant que le groupe montréalais Cheshire Carr s’est produit le 26 mars 2019, dans la pénombre relaxante du petit salon multifonctionnel. Le spectacle faisait partie du réseau Accès culture, qui offre aux habitants de la ville des événements culturels de qualité très accessibles. Comme le groupe nous l’a appris, il se produisait sur l’invitation de la Maison de la culture Notre-Dame-de-Grâce, un fait déjà prometteur à mes yeux. En fait, je ne connaissais aucunement la musique du band : j...