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Cheshire Carr à la Maison de la culture Notre-Dame-de-Grâce


Le dernier jour glacé de cet hiver s’est terminé pour moi dans la chaleur discrète de la Maison de la culture Notre-Dame-de-Grâce – un lieu qui me change toujours les idées et qui, mine de rien, finit par me sortir des impasses dans lesquelles je m’égare tout seul. Tout comme le quartier qui l’entoure, la Maison est vieille, taciturne, aux escaliers grinçants. On dirait à tort qu’elle sent le moisi (puisqu’en réalité elle sent bon). Elle a le cœur radieux et tendre. 

C’est bien dans cet espace accueillant que le groupe montréalais Cheshire Carr s’est produit le 26 mars 2019, dans la pénombre relaxante du petit salon multifonctionnel. Le spectacle faisait partie du réseau Accès culture, qui offre aux habitants de la ville des événements culturels de qualité très accessibles. Comme le groupe nous l’a appris, il se produisait sur l’invitation de la Maison de la culture Notre-Dame-de-Grâce, un fait déjà prometteur à mes yeux. En fait, je ne connaissais aucunement la musique du band : j’avais simplement lu dans la présentation qu’il s’agissait d’un groupe de folk-rock.

Cheshire Carr dévoile une musique acoustique (ou presque) douce et méditative qui prend son temps, te permettant du même coup de t’écouter, de t’apercevoir, de te réconcilier avec toi-même et finalement de te sourire. Le sextet vous enveloppe dans un calme translucide, tissu d’arpèges volatiles et coloré d’un accordéon étiré, rehaussé de coups de balais sur la caisse claire, de solos de guitare clairs et de riches harmonies vocales. Les chansons vous balancent dans un voyage sans point d’arrivée, animent des paysages rêvés ou oubliés, des vallées entrevues, des pieds de montagne revisités, des baignades dans des lacs matinaux, des cours peuplées de voix aimées.

Ceux qui, comme moi, aiment David Gilmore, étaient sûrement enchantés par les scènes musicales que le guitariste Elie Flynn tricotait avec virtuosité. Le jeu délicat et mouvementé du batteur Pierre Lavoie apportait beaucoup de dynamisme à l’ensemble et engageait les scènes contemplatives dans un véritable récit. Le récit était animé par le bel entrelacement des voix de Geneviève Cooke et d’Ariel Harrod, complété aux refrains par Pierre Lavoie et le bassiste Hugo Chaput. Les chansons portent quelque chose de la mélancolie montréalaise de Leonard Cohen, en y ajoutant une touche bluegrass, déviant du côté du blues ou versant dans l’ampleur méditative de Pink Floyd. 

Le chanteur principal, Ariel Harrod, est aussi, d’après ce que j’ai cru comprendre, l’auteur de la plupart des chansons. Il nous offrait des intermèdes intéressants en nous entretenant des petites choses de la vie qui ont donné naissance aux chansons, comme par exemple le toucher inopiné de la main d’un autre être, dans les années d’enfance, ou bien son lien personnel avec l’anglais et le français, sujet basculant inévitablement dans la politique, ou encore le plaisir que cela vous apporte de manger du poulet sur Sherbrooke, ou encore les affres des derniers jours de l’hiver. La petite salle était clairsemée mais entièrement absorbée dans la musique. L’expérience était inhabituelle pour Cheshire Carr – à leur propre dire, ils ont joué surtout dans des bars, encouragés par les « cling-cling » des verres. Jouer dans des salles comme celle de la Maison est une toute autre affaire. Je me suis rendu compte que c’est précisément le genre de lieu que j’affectionne – caché.e dans l’obscurité de la salle, libéré.e de l’éternelle incitation à la consommation, on s’abandonne avec soulagement à la musique. La seule chose qui y manque est la possibilité de laisser son corps suivre la pulsation de la musique. Si je n’étais pas pris dans un siège, je me serais probablement vautré par terre au gré des mélodies. 

Cheshire Carr ont publié un long-jeu en 2016 (Odds and Ends) et un mini-album flambant neuf, avec des paroles en français, en 2019. Ils lancent actuellement une campagne de financement participatif pour leur prochaine offrande.

Avril 2019

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