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Marie-Hélène Poitras, Galumpf

Ce recueil de nouvelles, je l’ai découvert en consultant la liste des récipiendaires de prix littéraires au Québec des dernières années, sur le site de la BAnQ. Galumpf a reçu le Prix du Gouverneur général en 2023. Pendant que je lisais, le livre se révélait à moi par couches successives, surprenantes et variées. Tel un oignon qu’on était en train de peler, le recueil nous réserve aussi des moments poignants, où les larmes sont près de sourdre. Le bal est ouvert par deux nouvelles sur la jeunesse : l’une suivant les pas de deux jeunes amants, l’autre talonnant une Fifi Brindacier montréalaise qui promène un chien énorme, lequel finit par s’évader. Dans cette deuxième nouvelle, l’action se situe à Rosemont, et on y flaire les odeurs, les ambiances et les textures caractéristiques de la ville. Des textures d’été qui tire à sa fin : mélancolique, suave et piqué d’un début d’inquiétude. Ces premiers récits promettent un voyage à la fois doux et angoissant, une sensation qui persistera jusqu’à la fin. Des nouvelles de plus en plus tristes, comme celle qui raconte le malheur quotidien d’une employée de bureau; celle qui retrace le dernier jour de la vie d’un animateur de radio à la veille de sa retraite, adulé par son public, mais impuissant face au grand vide de sa vie; celle qui nous introduit dans la réalité des travailleuses du sexe du Village pour nous en faire habiter le corps pour une parcelle de nuit; celle d’un homme à l’âme flétrie par une dépendance à la pornographie; celle d’une femme qui redécouvre sa chambre d’adolescente, restée tristement intacte, telle une capsule temporelle; celle d’un couple (le même que celui du début du recueil) qui prend la mesure de sa mortalité, de l’irrévocabilité du temps passé. Des récits puissants de solitude et de désarroi existentiel. Enfin, le thème équestre semble particulièrement cher à l’auteure, qui lui consacre au moins deux nouvelles. L’équitation est une activité qu’elle connaît dans les moindres détails; elle en comprend la langue secrète, en maîtrise le vocabulaire, en reconnaît la poésie. Au début, j’avais trouvé la présence de ce thème un peu pesante, trop hermétique, mais la dernière nouvelle de cette série de nouvelles hippiques m’a rempli d’un étrange malaise, d’un sentiment de perte irréparable, de déchirement authentique, et j’ai compris que le sujet n’était que le creuset d’un monde d’émotions et de pensées beaucoup plus vaste. Les nouvelles du recueil recèlent, derrière leur simplicité structurelle, voire de leur minimalisme, un entrelacs de sens, d’associations, de réverbérations qui chatouillent, picotent et ouvrent des plaies.

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