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Bar Italia à Montréal, novembre 2025

         Le groupe londonien Bar Italia nous a rendu visite le 25 novembre 2025. Le spectacle faisait partie de sa tournée nord-américaine qui soulignait leur nouvel album Some Like It Hot. Le concert, organisé par Blue Skies Turn Black, devait normalement avoir lieu au club Soda, mais un transfert au Théâtre Fairmount avait eu lieu quelques jours auparavant.

Je dois avouer que Bar Italia suscite en moi des sentiments mélangés et incertains. Je trouve que leur musique a un côté désagréable, vicieux, prétentieux, mais qu’elle est d’autant plus surprenante. Elle se grave dans l’esprit sans difficulté, enfante des vers d’oreille et appelle souvent à sa réécoute. Le trio est en lui-même une curiosité : ses membres sont assez différents tant par leur personnalité que par leur attitude, voire par leur style vestimentaire. Le groupe a cela de particulier que les trois membres sont au même titre des chanteurs principaux, même si on a l’impression que la vedette est nettement réservée à la chanteuse, Nina Cristante, peut-être parce qu’elle est la seule à ne jouer d’aucun instrument (à part le tambourin). J’avais déjà couché sur papier mes impressions de leur album précédent. La stylistique de la formation a évolué depuis. Elle se rapproche désormais bien plus d’un groupe de rock traditionnel, ce dont l’album Some Like It Hot offre un témoignage éloquent. Fini les revirements inattendus des compositions, la structure exubérante, le son feutré lo-fi, le demi-jour mélancolique des paysages sonores. Some Like It Hot est énergique, fringant ou presque, mais il reste marqué au coin du même regard persifleur, malicieux et irrévérencieux que l’on connaît des offrandes précédentes du trio. Le pseudo-renvoi au classique du cinéma américain du même nom (avec Marilyn Monroe) vient renforcer l’impression de farce qui se dégage de l’opus. Du film, le groupe n’a retenu que le titre, en a effacé la portée culturelle, l’a rendu tout à coup littéral, et d’autant plus ridicule. Sous couvert d’intérêt pour le cinéma classique, Bar Italia se rit du monde et de ses reliques.

La petite salle était clairsemée : un fait qui m’a étonné, car je croyais le groupe beaucoup plus populaire, beaucoup plus « hot ». Les spectateurs avaient en revanche tous l’air d’être des admirateurs dévoués, bien avertis. La première partie a été assurée par le groupe de punk-rock Lifeguard, autre découverte de Matador Records. 

Lifeguard

Leur jeu est assez énergique, assuré, débordant de colère réprimée et couronné de cette maussaderie méprisante dont la génération Z a le secret. Ensuite, Bar Italia ont fait leur entrée à la bonne franquette. Ils ont simplement empoigné leurs instruments, pris place sur la petite scène et ont donné le coup d'envoi à leur prestation. Les premières pièces étaient assez réussies, électrisantes, débordant de l’émotion particulière qui caractérise la musique de l’ensemble. Cependant, la prestation s’est essoufflée au fil des chansons pour devenir plutôt falote vers la fin. Je crois même que leur jeu était désynchronisé lors de l’interprétation de Sacroustica, une de mes compositions préférées de leur répertoire.

Bar Italia

 Ils nous ont très peu adressé la parole tout au long de la soirée, et, pour tout dire, semblaient nourrir à notre égard un dédain tout à fait authentique. Les acclamations chaleureuses de la salle n'ont pas eu l'air de les toucher. 

La tenue de Nina était d'un style glamour quétaine, ce à quoi s’ajoutait la présence d’un ventilateur qui, depuis la rampe, agitait ses cheveux comme dans une publicité de shampooing des années 1990. J’imagine que ce faisant, le groupe visait à se moquer des idéaux de beauté et de splendeur du passé, ce même passé qui tarde d'ailleurs à tirer sa révérence. J’imagine que l’effet recherché était encore une fois celui d’une farce, et que l’attitude hautaine de Nina participait de la même idée. 

Après nous avoir divertis pendant à peu près une heure, l’ensemble, qui, à part les trois membres de Bar Italia, comprenait deux autres musiciens (un batteur et une bassiste), a pris son bord sans mot dire. En fait, ils ont escamoté quelque chose comme « We`ll be back in a minute », ce qui nous a retenus en salle, dans l’attente du retour des artistes. Celui-ci tardait à se produire, et au bout d’une dizaine de minutes, un représentant des organisateurs ou de la salle (peut-être l’ingénieur du son), nous a informés que le spectacle était fini.

En fait, le style de Bar Italia n’est pas aussi original que je le croyais. Après avoir écouté les groupes mentionnés par Nina dans cette entrevue, j’ai compris que plutôt que de faire cavalier seul, Bar Italia s’inscrit dans une mouvance bien articulée de la scène londonienne.

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