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Messages

Affichage des messages portant l'étiquette Joseph Indigo

Érika Soucy et Geneviève Bigué – La maison cachette

Cet album de bandes dessinées jeunesse traite d’un sujet grave et promet de faire réfléchir les adultes tout en réconfortant les enfants. La violence conjugale est l’épicentre du drame narré par les deux autrices québécoises. Un foyer familial québécois blanc qui étouffe sous le pouvoir autoritaire du père, lequel va jusqu’à installer un carillon devant la porte d’entrée de la maison, question de mieux surveiller et contrôler les sorties des siens. Cette présence despotique n’est jamais montrée explicitement, on en mesure simplement les dégâts : le mari-père n’est jamais représenté dans l’album si ce n’est sous forme d’ombre. Le caractère virtuel, impersonnel de cette toute-puissance la rend d’autant plus effrayante.  La maison cachette (couverture) La mère et ses deux enfants s’enfuient donc, une nuit, dans une auberge pour femmes victimes de violence conjugale, où ils sont accueillis par la présence aimable et rassurante de la préposée Caroline, une femme noire. Ainsi, cette aube...

Un premier jour de l'été extrême et réjouissant : Napalm Death, Primitive Man, Portal Tomb et Wiegedood

C’était une journée de début d’été. La chaleur se faisait encore discrète, le climat était agréable, les rues commençaient à se remplir de promeneurs. La torpeur de l’hiver était officiellement chose du passée. Pour quelques mois. Le 1er juin 2026. La splendeur des premiers rayons de soleil d’été jurait drôlement avec la tenue macabre des métalleux rassemblés devant le Théâtre Fairmount. T-shirts noirs décorés de têtes de morts, de visions sordides, de scènes traumatisantes, de paysages désolants. Visages contemplatifs, calmes, recueillis ou alors joviaux et moqueurs. Une ambiance de tolérance et de paix qui formait un joli contraste avec l’esthétique violente qui couvrait les corps. Aujourd’hui, on voyait un groupe spécial, unique en son genre. Napalm Death, les parrains du grindcore, ce curieux mélange de punk hardcore et de death metal, qui savent marier la rage et l’horreur à une drôlerie loufoque. Un groupe que j’avais vu pour la dernière fois en 2011, en compagnie de Therapy?, un...

Mathieu Bablet - Silent Jenny

Silent Jenny de Mathieu Bablet (Rue de Sèvres, Paris, 2025) est un album de bandes dessinées qui situe son action dans un univers postapocalyptique. Il s’inscrit en bon élève dans la longue tradition des récits d’inspiration cyberpunk, ceux qui narrent un monde primitif ayant survécu à l’effondrement de notre civilisation hyper-technologique. Le lieu du récit est une contrée désertique sillonnée par des espèces de bateaux terrestres appelés monades , c’est-à-dire d’imposants véhicules tous terrains en constant déplacement qui transportent sur leurs roues tout un immeuble résidentiel.  Une des monades se nomme d’ailleurs Cité radieuse , clin d’œil au célèbre ensemble architectural de Le Corbusier à Marseille. Le monde est désormais la propriété d’une seule entreprise, Pyrrhocorp, qui mandate certaines personnes pour qu’elles aillent dénicher et prélever des traces d’ADN d’abeilles, le but étant visiblement de repeupler la terre d’abeilles, espèce largement disparue, ce qui explique...

Corail et Douance : l’inquiétante sérénité

 Le 30 mars 2026, les groupes québécois Douance et Corail se sont produits sur la petite scène du club Verre bouteille , dans le Plateau-Mont-Royal, à Montréal. C’était une soirée de fin d’hiver, où le printemps n’avait pas encore montré le bout de son nez, mais où l’on sentait déjà le redoux imminent dans l’air. J’ai arpenté l’avenue Mont-Royal, de la station Mont-Royal jusqu’au Verre bouteille . Cela faisait des années que je n’y étais pas passé. Le charme un tantinet inquiétant de cette artère n’avait pas bougé d’un pouce. La transition entre les milieux plus hipster, plus près de la Montagne, et les ruelles plus sombres a été un moment que j’ai été content de revivre. Si je connaissais déjà bien le groupe Douance grâce à leurs deux albums, le groupe Corail m’était presque inconnu. J’en avais tout au plus croisé le nom lors de mes flâneries sur la Toile, mais je savais que ce serait quelque chose de bon, rien qu’en raison de leur alliance avec Douance. J’avais raison : les deux ...

Jean-Charles Harvey – Les demi-civilisés

On considère que ce roman fut un précurseur spirituel de la Révolution tranquille au Québec. Il s’attaque en effet à l’ancien ordre des choses, au conservatisme, voire à l’immobilisme dans lequel baignait le Québec de l’époque (le début du 20 e  siècle). Un monde étouffé par l’église omnipotente, alliée du pouvoir exécutif et du monde des affaires (voire de la contrebande de drogue) : « la triple alliance du capital, du pouvoir civil et des choses saintes ». Par la hardiesse de son réquisitoire contre le statu quo, le roman fit esclandre et gagna du même coup les sympathies de la jeunesse de l’époque. Il fut mis à l’index, et l’auteur fut banni de la profession journalistique pendant un certain temps. On ne s'empêchera pas de noter le caractère quelque peu naïf de certaines envolées polémiques, le ton sermonneur. Ce qui est particulier, et où réside selon moi le principal mérite du livre, c’est le parallélisme entre deux plans narratifs : l’un axé sur le social et ...

Tennessee Williams, La chatte sur un toit brûlant

Après avoir lu et décortiqué Un tramway nommé désir , je me suis lancé à découverte de la deuxième pièce la plus célèbre de Tennessee Williams, La chatte sur un toit brûlant . Un dispositif scénique complexe, une multitude de personnages, une intrigue formée de plusieurs fils narratifs : cette œuvre jure avec le minimalisme d’Un tramway nommé désir. Je l’ai cependant trouvée plus vivante, vraie de cette vérité palpitante et en même temps irrésolue qui est, en fait, la vie tout court. L’intrigue se tisse autour du sort de Brick, fils d’un entrepreneur agricole puissant, ancien joueur de football, devenu par la suite reporter sportif et, tout dernièrement, alcoolique désœuvré, et de son épouse Maggie, la « chatte » en question. Brick boude la couche de sa femme depuis longtemps, et le dramaturge nous laisse incertains sur les raisons de cette abstention. D’une part, le moment où Brick sombre dans la boisson coïncide avec le suicide de son meilleur ami et partenaire de jeu, Skipper. On ap...

Bar Italia à Montréal, novembre 2025

            Le groupe londonien Bar Italia nous a rendu visite le 25 novembre 2025. Le spectacle faisait partie de sa tournée nord-américaine qui soulignait leur nouvel album  Some Like It Hot . Le concert, organisé par  Blue Skies Turn Black , devait normalement avoir lieu au club Soda, mais un transfert au Théâtre Fairmount avait eu lieu quelques jours auparavant. Je dois avouer que Bar Italia suscite en moi des sentiments mélangés et incertains. Je trouve que leur musique a un côté désagréable, vicieux, prétentieux, mais qu’elle est d’autant plus surprenante. Elle se grave dans l’esprit sans difficulté, enfante des vers d’oreille et appelle souvent à sa réécoute. Le trio est en lui-même une curiosité : ses membres sont assez différents tant par leur personnalité que par leur attitude, voire par leur style vestimentaire. Le groupe a cela de particulier que les trois membres sont au même titre des chanteurs principaux, même si on...

Tennessee Williams, Un tramway nommé désir

Tout d'abord, j’avais trouvé cette pièce un peu prévisible, simpliste, du point de vue contemporain. Elle ne l’était sûrement pas à l’époque de sa parution, à la fin des années 1940, à une époque où le fascisme montrait déjà son visage hideux à l’horizon. Blanche DuBois incarnait visiblement une sensibilité et une vulnérabilité romantique qui s’opposait à la brutalité du monde environnant, en proie à ses pulsions de domination et de destruction. Cela étant, elle restait un personnage subtil et complexe : elle pouvait paraître tour à tour vicieuse, grotesque, noble et gracieuse. Elle a menti sur son véritable train de vie, elle s’invente une existence et une identité qui jure cruellement avec le caractère tragique de sa vie réelle. Mais cette dualité, n’est-ce pas le drame de bien des humains? N’est-elle pas notre condition absurde, à nous, qui nous drapons dans une image confectionnée pour les réseaux sociaux, une image lustrée digne d’un magazine people (je trahis mon âge) ou d’un...

Boris Vian, L’écume des jours

 Comme le rappelle la très éclairante préface de Gilbert Pesturau, L’écume des jours est foncièrement influencé par le jazz. Le jazz se retrouve dans la texture même du roman, dans sa composition. Tout comme le jazz, le roman oscille entre optimisme éclatant et visions mélancoliques, morbides, sinistres. C’est un univers à l’eau de rose qui tourne au vinaigre en un tournemain. Ce qui accuse davantage le drame de cette dualité réside dans l’impassibilité des protagonistes, qui demeurent ingénus et résignés jusqu’à la fin, ne remettant jamais en cause l’ordre des choses, les règles de l’univers où ils évoluent. Ils gobent la monstruosité du monde environnant. Ils s’y soumettent sans broncher, heureux des brefs instants de joie que l’existence leur accorde. Comme dans un dessin animé, leur souffrance paraît anodine, a quelque chose de ludique, comme s’il s’agissait d’un moment de jeu d’enfant et non d’une situation réelle. Ce côté ludique de la tragédie mise en scène est très jazz, l...

Oscar Wilde, The Importance of Being Earnest

Je connaissais de nom cette pièce d’Oscar Wilde. Le contraire aurait été étonnant, tant elle est illustre. Je l’avais vu jouer à mon école secondaire : mes camarades d’école l’avaient montée, en traduction française, pour marquer la fin de l’année scolaire ou la fin de nos études. Mais je n’en garde que très peu de souvenirs. En fait, je ne suivais pas l’action, je la trouvais lourde et complexe, trop verbeuse, j’avais vite perdu le fil de l’intrigue. Plus tard, j’en avais lu un extrait dans mon manuel d’anglais ( Headway , si je ne me trompe). C’était la scène ou Jack fait l’aveu de son origine auprès de Lady Bracknell. J’aurais peut-être dû dire « Mme Bracknell », mais, en fait, non, je m’entête à dire « Lady », tellement le texte est ancré ans des réalités britanniques inconvertibles. Tout dernièrement, la pièce a été montée par la troupe Repercussion Theatre, en anglais, dans le cadre des soirées Shakespear in the Park , qui présentent des spectacles théâtraux e...

World Image, World Image (2022)

Le premier et unique album pour l’heure du groupe canadien World Image a de quoi surprendre agréablement les amateurs de musique indépendante inhabituelle. Huit chansons mélodieuses, compactes, minimalistes, comme un Kurt Cobain aurait été capable d’en faire. Ambiance mystérieuse et reposante, comme dans une forêt ou une rue déserte inondée de pluie, sans oublier l’arc-en-ciel qui égaie discrètement le paysage. Des chansons introspectives, aux paroles existentielles, parfois sombres, parfois garnies d’un énigmatique sourire en coin : « if it rhymes, it’s poetry ». Cette première fournée de World Image ne comporte pas de temps mort. Les morceaux sont tous efficaces, mémorables et intéressants, commandant aisément la réécoute. Les pistes qui me ravissent plus particulièrement sont World Image ,  One Big Time, Road to Me et Oh My Sun . Toutes les compositions et paroles sont l’œuvre du leader de la formation, Malcolm Jackson Biddle, qui assure également la réalisation et le...