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Érika Soucy et Geneviève Bigué – La maison cachette

Cet album de bandes dessinées jeunesse traite d’un sujet grave et promet de faire réfléchir les adultes tout en réconfortant les enfants. La violence conjugale est l’épicentre du drame narré par les deux autrices québécoises. Un foyer familial québécois blanc qui étouffe sous le pouvoir autoritaire du père, lequel va jusqu’à installer un carillon devant la porte d’entrée de la maison, question de mieux surveiller et contrôler les sorties des siens. Cette présence despotique n’est jamais montrée explicitement, on en mesure simplement les dégâts : le mari-père n’est jamais représenté dans l’album si ce n’est sous forme d’ombre. Le caractère virtuel, impersonnel de cette toute-puissance la rend d’autant plus effrayante. 

La maison cachette d'Erika Soucy et Geneviève Bigué, couverture
La maison cachette (couverture)

La mère et ses deux enfants s’enfuient donc, une nuit, dans une auberge pour femmes victimes de violence conjugale, où ils sont accueillis par la présence aimable et rassurante de la préposée Caroline, une femme noire. Ainsi, cette auberge qui, vue de dehors, ressemble en tout point à toutes les maisons de la petite ville québécoise où elle est située devient une « maison cachette », un havre de paix et d’amour qui permet aux protagonistes de s’évader du monde morbide du père. Le contraste entre les deux maisons est flagrant : si la maison du père est dominée par un coloris morne et déprimant (bleu, noir, gris), la maison cachette regorge de couleurs qui rappellent le soleil, le bois, la nature nourricière.

La maison cachette d'Erika Soucy et Geneviève Bigué, extrait
La maison cachette, extrait

La maison cachette d'Erika Soucy et Geneviève Bigué, extrait
La maison cachette, extrait

 Les dessins communiquent une sensation de silence ému, d’haleine retenue. La famille y fête l’anniversaire du petit garçon : sans invités, sans musique autre que la chanson de la petite sœur, en compagnie de quelques peluches animées. Mais la joie règne dans les cœurs, et ce n’est pas le manque des signes de la joie et du bon temps consacrés par la société bourgeoise qui empêcherait les protagonistes de se sentir comblés. D’ailleurs, les anniversaires de la petite fille avaient cessé d’être célébrés depuis longtemps, ce qui l’attristait et l’angoissait auparavant. C’est un tout autre son de cloche dans la maison cachette, où les mêmes circonstances sont ressenties différemment.

La maison cachette d'Erika Soucy et Geneviève Bigué, extrait
La maison cachette, extrait

L’image de ce refuge m’a rappelé ce que j’avais ressenti à l’annonce du confinement au début de la pandémie de COVID-19. Notre petite maison s’était vite transformée en une maison cachette pleine de chaleur, justement. Une bienheureuse parenthèse dans nos vies qui nous avait rappelé que l’humanité, la joie et la tendresse en toute simplicité existent encore, que nous disposons encore de tout notre temps, que la terre entière peut être est notre grande maison cachette pourvu qu’on s’autorise à le croire. J’ai l’impression que cette sensation fait désormais « très 2020 », elle est le propre d’une époque révolue. Au lendemain de la pandémie, l’inhumanité s’est empressée de rattraper le temps perdu, voire s’est surpassée en matière d’atrocités.
La maison cachette reste une question sans réponse, un rappel que le monde n’a pas à être ce que l’on semble vouloir nous faire accroire, que notre liberté reste illimitée, que le salut nous guette de partout, pour reprendre le titre du roman d’Ilija Trojanow et du film de Stefan Komandarev qui y est basé.











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