Des structures instrumentales proches du rock alternatif des années 1980 et 1990. Côté instruments, la musique de Bar Italia renvoie à des groupes comme Sonic Youth, Duster, Blonde Redhead et Slint. Une voix féminine mi-plaintive, mi-moqueuse, tantôt susurrante, tantôt mélodieuse, oscillant entre Kim Gordon et Karen O ponctue les compositions. Faussant souvent, étalant une insécurité assumée, voire recherchée, elle brave les attentes de l’auditeur, irrévérencieuse et naturelle tout à la fois. Deux voix masculines juvéniles, passées par un filtre grésillant lui répliquent systématiquement. Des parties vocales qui se succèdent selon une logique monologique tels des récitatifs de hip-hop, le plus souvent, en faisant fi de la structure chansonnière classique du type verset-refrain. Dans l’ensemble des morceaux, la voix tient d’une couche additionnelle, superposée à la trame instrumentale, comme dans un karaoké. On a l’impression que la ligne vocale a été écrite indépendamment, que la mélodie a pris forme en toute autonomie, en épousant les instruments au gré de sa propre fantaisie, dans un espace qui lui est propre. Un peu comme dans le hip-hop à ses débuts, où l’instrumental préexistait au chant. Manu Chao a, entre tant d’autres, suivi la même recette. Cette configuration particulière des éléments de la composition a été par la suite empruntée par le trip-hop, d’où cette impression de dédoublement du monde musical. Deux mondes s’y côtoient : l’un instrumental, ambiant, extérieur à l’être humain, qui suit sa propre logique, et l’autre, vocal, qui s’y greffe comme une sorte de commentaire. On retrouve cette sensation dialogique et méta-musicale chez Bar Italia, que je ressens davantage comme un groupe de trip-hop que comme un groupe de rock. Du côté des émotions véhiculées, la musique du groupe est profonde et généreuse. Il est difficile de la cataloguer émotionnellement, tant elle est polyvalente, subtile, riche en nuances infinies. C’est ce qui distingue le bon art de l’art médiocre, à mon sens.
Le groupe londonien Bar Italia nous a rendu visite le 25 novembre 2025. Le spectacle faisait partie de sa tournée nord-américaine qui soulignait leur nouvel album Some Like It Hot . Le concert, organisé par Blue Skies Turn Black , devait normalement avoir lieu au club Soda, mais un transfert au Théâtre Fairmount avait eu lieu quelques jours auparavant. Je dois avouer que Bar Italia suscite en moi des sentiments mélangés et incertains. Je trouve que leur musique a un côté désagréable, vicieux, prétentieux, mais qu’elle est d’autant plus surprenante. Elle se grave dans l’esprit sans difficulté, enfante des vers d’oreille et appelle souvent à sa réécoute. Le trio est en lui-même une curiosité : ses membres sont assez différents tant par leur personnalité que par leur attitude, voire par leur style vestimentaire. Le groupe a cela de particulier que les trois membres sont au même titre des chanteurs principaux, même si on...

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