Passer au contenu principal

Messages

Description de deux expositions du Centre canadien d’architecture (CCA) vues le 4 août 2024 à Montréal : À travers l’île et des pros : construction auto documentée sur les réseaux sociaux

Description de deux expositions du Centre canadien d’ architecture (CCA) vues le 4 août 2024 à Montréal : À travers l’île et des pros : construction auto documentée sur les réseaux sociaux En pénétrant dans la salle, le visiteur s’engage dans un vestibule lumineux aux murs couverts de photographies et de pancartes expliquant les choix des conservateurs, la raison d’être des compositions et l’origine des artefacts exposés. En ce premier dimanche du mois, le CCA proposait deux expositions au visiteur non averti. La première, des pros : construction auto documentée sur les réseaux sociaux , présente des capsules vidéos documentant, sur un mode étonamment jouissif, le travail des ouvriers sur les chantiers de construction. La deuxième, À travers l’île , nous invite à l’exploration minutieuse d’un projet architectural d’amélioration des infrastructures agricoles de l’île de Meizhou en Chine. À l’encontre de l’ordre logique, je commencerai mon récit par la deuxième ex...

Loo Hui Phang et Benjamin Bachelier – Oliphant

Juin 2024 Livre de bandes dessinées, Éditions Futuropolis, 2023. Cette nouvelle picturale m’a tout d’abord captivé par ses dessins. Les gravures de l’artiste français Benjamin Bachelier sont délicieusement nourrissantes pour l’esprit. Le trait est sûr et délicat, et le chromatisme, puissant dans son dénuement. Rien qu’à contempler l’aspect graphique du livre, on fait sienne la portée symbolique et sémantique du livre. Par ailleurs, je ne peux qu’admirer la maîtrise achevée de l’art de l’aquarelle, qui est ici magistralement employée pour dépeindre le monde éthéré de l’Antarctique. Ce mariage parfait entre fond et forme porte à réfléchir à la texture délavée et fuyante de l’être. C’est un livre mûr qui situe son action aux alentours de la Seconde Guerre mondiale, mais qui exprime des sensibilités tout à fait contemporaines. La remise en question de la notion d’héroïsme, la présomption minable de l’homme vis-à-vis de la nature, son insignifiance et sa vulnérabilité face aux éléments. Au ...

John Steinbeck, Rue de la Sardine

Premier roman de Steinbeck que je lis. Évidemment, je connaissais le nom de l’écrivain, et Rue de la Sardine ( Cannery Row ) m’avait été recommandé par ma bien-aimée. Je m’attendais à une œuvre de réalisme social, mais il n’en fut rien. Le texte s’apparente au réalisme, certes, mais qui porte sur la réalité un regard lumineux, clément, rempli d’une gaîté étrange, comme initié à une bonne nouvelle qu’il ne nous est pas donné de connaître.  Il s’agit d’une fresque de la réalité de la ville californienne de Monterey pendant la Grande dépression et plus particulièrement d’un quartier industriel spécialisé dans la fabrication de conserves de poisson et d’autres produits de la pêche. En effet, tout y gravite autour du monde aquatique : les conserveries, le laboratoire de Doc, l’étang où Mac et consorts vont capturer la commande de grenouilles, etc. C’est un mini-écosystème où se côtoient différentes classes du règne animal : les poissons, les mammifères, les amphibiens et les humains. L...

Ernest Hemingway, Paris est une fête

       Florilège de fragments narratifs relatant la vie parisienne d’une élite littéraire américaine, dont l’écrivain faisait réellement partie. Les personnages étant des personnes bien réelles, et des personnes bien connues par-dessus le marché, l’aventure scripturaire n’a pas dû être sans risque. De nos jours, des éditeurs auraient peut-être refusé de publier un tel ouvrage, en raison du risque juridique que peut représenter la mise en récit d’artistes et d'intellectuels contemporains célèbres, à savoir les procès potentiels pour atteinte à la réputation, diffamation, etc. Le protagoniste a eu un accès privilégié à l’intimité des personnages décrits. La ligne est donc mince entre l’abus de confiance et la liberté artistique, entre le règlement de comptes personnel et la fresque historique désintéressée. De fait, les portraits de Gertrude Stein, d’Ezra Pound, de Scott Fitzgerald, etc. sont assez croustillants et auraient pu faire le bonheur de plus d’un tabloïde en ...

Ernest Hemingway, Le soleil se lève aussi

Février 2024 Ce fut ma deuxième rencontre avec l’éminent romancier américain, après Le vieil homme et la mer que j’ai lu plus tôt en 2023. Je crois que ce dernier roman m’a impressionné plus que Le Soleil se lève aussi . Je reconnais le même style dans les deux textes, la même démarche artistique, mais Le vieil homme et la mer est plus poétique, plus délicat, plus touchant. Mes lecteurs, si tant est qu’il y en ait, doivent être surpris de la frugalité des phrases que je viens d’écrire. Ce style minimaliste est-il tributaire de ma récente lecture de deux romans d’Hemingway? Ou y aurait-il quelque autre raison, quelque part dans le tréfonds de mon subconscient, là où la mer se fait opaque et inhumaine, tel le merlan remorquant la chaloupe du vieil homme? J’ai l’impression que cet épuisement de mon bagout me revient de temps à autre, surtout lorsque j’ai eu déployé un effort intellectuel particulièrement prodigue, par exemple un essai colossal, inutilement approfondi et ambitieux, q...

Eric Plamondon - Mayonnaise

Mars 2018 Une mosaïque de fragments. Une histoire impersonnelle (celle d’un personnage historique, Richard Brautigan) nourrie d’anecdotes, d’historiettes curieuses et de renseignements encyclopédiques présentés pêle-mêle avec des digressions de toute sorte : des réflexions sur la vie, sur n’importe quoi, de petits poèmes, des extraits de journaux… La vie dans toute sa splendide et monotone variété. Un langage simple, parlé, épuré de tout artifice (du moins en apparence), presque antilittéraire et pourtant vif, rythmé, coloré, suggestif. Plamondon redonne à la prose une étincelle souvent perdue, à l’instar, dit-il, de son écrivain fétiche, l’objet de sa recherche – Brautigan. Le postmodernisme ressuscité dans la deuxième décennie du 21 ème siècle.

Gabrielle Roy, Ces enfants de ma vie

Février 2019 Février 2019 Un roman qui raconte le passage de l’enfance à l’âge adulte – aussi bien chez les enfants que chez l’institutrice. Il raconte aussi la difficulté de vivre dans une campagne reculée à l’époque de la protagoniste (elle devrait être celle de la Grande dépression), isolé de tout, condamné à une vie sans joie et sans avenir : « Au fond il n’y avait pourtant par là rien à voir. Ni toit de maison, ni grange, ni même de ces minuscules greniers à blé comme il y en eut partout dans la plaine au temps de trop abondantes récoltes qui ne s’écoulaient pas. Seulement un bout de route de terre qui s’élevait légèrement tout en tournant un peu sur lui-même et aussitôt se perdait dans l’infini. » (p. 94) Or cette sensation d’étouffement ne vient pas de l’espace lui-même mais bien des gens qui l’habitent. Ainsi, la narratrice suggère que c’est bien eux, l’ordre social qu’ils ont instauré, par opposition à la liberté des « sauvages » (Médéric et sa mère), qui ser...

Amin Maalouf, Les Échelles du Levant

Janvier 2020 Un roman incroyablement touchant, profondément humain, tendre, tissu de grâce, mais aussi blessant, laissant des marques lancinantes, tant il est imbu de douleur et de commisération. Dans un monde et un siècle de plus en plus déshumanisés, lire un tel roman relève d'un véritable baume sur le coeur, un moment de répit. La plume d’Amin Maalouf y est habitée par la gracieuseté radieuse que l'on lui connaît. Des brins d’humour s’y infiltrent aux moments les plus dramatiques, un humour séraphique, dépourvu de méchanceté ou de malice, étranger au sarcasme et ami de la miséricorde. L’humilité de l’auteur est telle qu’à des moments on croirait lire un livre de mémoires – comme si l’écrivain s’effaçait derrière les personnages, se muant en humble rapporteur de faits, en chroniqueur anonyme. On peut se demander, par moments, si on est en train de lire une œuvre littéraire ou plutôt un recueil d’anecdotes, relatés d’une façon terre-à-terre. Et c’est souvent dans la foulée d’u...

Gilles Archambault, Courir à sa perte

Mars 2020  Un livre de silences, rempli du frofrou de pages tournées. Un livre de l'amour des mots et des phrases. Je m'y suis tout de suite reconnu. Le protagoniste est comme mon double. L'enlisement vertigineux vers la disparition (ou la réincarnation) de toute chose. La perte en est-elle une vraiment? Qu'est-ce qu'une vie remplie de sens? Qu'est-ce qu'une vie ratée? Autant de questions existentialistes que ce livre traite avec une insoutenable légèreté. De nombreuses occurrences de phrases comme "ce n'est pas faux", "il n'a pas tort", etc. pour signifier le reniement des vaines prétentions d'exclusivité et de toute-puissance.

Dany Laferrière, L'énigme du retour

Décembre 2016 Le roman L'énigme du retour de Dany Laferrière a paru en 2009 est s'est vu décerner quatre prix littéraires prestigieux. Le roman présente des liens manifestes avec un autre texte de Laferrière, Chronique de la dérive douce , qui, lui, connaît deux éditions comportant des différences importantes (1994 et 2012). Les deux textes sont des images spéculaires : si Chronique de la dérive douce raconte l’arrivée de Vieux à Montréal (l’énigme de l’arrivée, comme dit la publicité de l’édition de 2012), Énigme du retour retrace le retour de l’écrivain déjà célèbre et d’âge mûr dans son pays natal à l’occasion des funérailles de son père. En d'autres termes,  Énigme du retour revient sur les pas de Chronique de la dérive douce . Par ailleurs, les deux textes affichent des particularités formelles similaires : ce sont des romans-poèmes, des romans en vers, comportant de nombreuses scènes au souffle lyrique, des passages contemplatifs d'un charme mystérieux rappelan...