Les groupes canadiens Doctor Mother Father (Saint-John, Nouveau-Brunswick) et Overnight (Halifax, Nouvelle-Écosse) ainsi que l’artiste montréalaise Keeper E. ont partagé la scène avec la légende du folk indie Julie Doiron le 25 septembre, au P’tit Ours, dans le cadre du festival Pop Montréal. Par cette douce soirée automnale assez agréable, comme sortie d’une chanson de Julie Doiron, l’ambiance était gaie, remplie d’une excitation sous-jacente. Le concert a eu lieu dans un petit local souterrain que je ne connaissais pas, adjacent à un bar où planait de la musique de Joy Division, Iggy Pop et Roxy Music. Une sensation d’intimité chaleureuse y régnait. Devant un public assez clairsemé, les artistes se sont succédé sans façon, en prenant place sur scène à la bonne franquette, après avoir longuement accordé et agencé leurs instruments, en lançant à l’assistance quelques plaisanteries amicales. C’est dans un esprit ado, digne d’un concert punk rock des années 1990, que la soirée s’est déroulée, ce qui a éveillé en moi des réminiscences douces-amères.
Je n’ai malheureusement pas pu assister au set de Keeper E. J’ignore s’il précédait ou suivait celui des autres artistes, car je suis arrivé un peu après l’heure de début annoncée. Ainsi, le premier acte auquel j’ai eu droit était la prestation de Doctor Mother Father, trois jeunes musiciens qui se livrent sans retenue à une pop punk plein d’entrain, fait de riffs mémorables et de belles mélodies vocales, garni d’une batterie débridée et irrévérencieuse, à la Dave Growl. Les harmonies vocales, entrelaçant une voix masculine (celle du guitariste et chanteur principal Corey Bonnevie) et une voix féminine (celle de la bassiste Kortni Nicols) m’ont fait penser aux Pixies. Leur musique est sincère et très bien faite, et elle a soulevé nos esprits pour la suite.
Ensuite, ce fut le tour d’Overnight, un quatuor néo-écossais (anciennement, torontois) entièrement féminin. La formation gravite autour des sœurs Carla (guitariste et chanteuse principale) et Lynette Gillis (batterie, chœurs), dont le parcours impressionnant et assez prolifique remonte au début des années 1990, et qui ont déjà fait une tournée avec Julie Doiron, il y a longtemps, comme l’a précisé la batteuse. Leur grunge aux sonorités folk n’est pas sans faire penser à The Breeders mais reste somme toute assez original, tisse son propre univers et bâtit un son bien à lui. Des chansons qui s’échafaudent tranquillement, sans insistance, pour atteindre des réalités singulières, hors du temps, qui suivent leur propre logique, récalcitrantes à tout ordre venu de l’extérieur. L’insolite de cette musique est très saisissant, il interpelle tout de suite, un trait caractéristique de cette génération d’artistes, de plus en plus rare aujourd’hui.
Seul nuage au ciel, la prestation de Julie Doiron, la principale raison pour laquelle je voulais y assister, n’a commencé que vers 23 h. N’étant plus dans la fleur de mon âge, un peu fatigué des deux prestations précédentes et à la merci de l’horaire du métro, j’ai dû partir bien avant la fin de sa partie. J’ai quand même pu entendre la première pièce, Snowfall in November, une demande spéciale du public.
Mme Doiron a raconté à cette occasion l’histoire de l’expression « Kids walking in snowpants » (des gosses qui se promènent dans un pantalon à neige). Au départ, elle avait écrit « Kids waking in snowpants » (des gosses qui se réveillent dans un pantalon à neige), pensant aux jeunes hockeyeurs qui se couchent dans leur tenue de sport pour être prêts à partir tôt le lendemain pour gagner le stade. Jugeant l’anecdote trop insolite pour la chanson, la chansonnière avait donc changé les paroles, remplaçant le réveil (waking) par la marche (walking).
Elle a invité le public à lui adresser ses demandes spéciales (de ses albums d’après 2001, a-t-elle précisé), et les souhaits de fuser illico, Le piano entre autres. L’artiste a expliqué que cette dernière pièce était prévue pour plus tard, et qu’elle la chanterait en espagnol et non en français, comme dans l’album Désormais, et que cela conférerait une sensation tout à fait différente à la chanson. Le piano est d’ailleurs la pièce qui m’a fait découvrir l’artiste néo-brunswickoise, il y a des années, sur un groupe Facebook consacré au slowcore et au sadcore. La chanson, très sadcore en effet, m’est allée droit au cœur. Aujourd’hui encore, son écoute me donne la chair de poule. J’espère pouvoir revoir Julie Doiron en concert et entendre un jour sa prestation au complet. Pour l’instant, je réécoute ses albums, et je découvre que Broken Girl (1996) est un opus génial, mais que son dernier EP The Cryin’ Kind (2025) l’est tout autant.
Même si je n’ai pas pu assister à l’intégralité de cette soirée festivalière, j’en garde un souvenir agréable. Pour moi, la soirée a été marquée non seulement par la présence de Julie Doiron, que je voyais pour la première fois, mais aussi par les découvertes que j’ai pu faire en coup de vent : les deux groupes des Maritimes en valaient décidément le détour.
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