Le groupe britannique emblématique du courant dit baggy rock ou Madchester est venu nous faire coucou cet automne, au Théâtre Fairmount, le 21 septembre 2026. Je ne connaissais pas vraiment leur musique avant d’acheter un billet. Je ne les connaissais pas pantoute, pour être honnête. C’est mon amie qui les appréciait et c’est elle qui avait tenu à ce que nous honorions leur visite. Pour ma part, j’associais à tort le nom du groupe à la vague qui avait ressuscité le rock au début du millénaire (Franz Ferdinand, Interpol, The Strokes, White Stripes, etc.). Que nenni! En parcourant leur legs, j’ai découvert leur parenté à The Stone Roses et Happy Mondays, mais aussi à New Order et The Verve, ces derniers ayant connu leur heure de gloire un peu plus tard, bien entendu. J’ai lu quelque part qu’ils vouaient un amour inaltérable aux Rolling Stones, et en effet, une bonne partie de leur catalogue se rapproche bien davantage de ces derniers que de la coolitude de Manchester. Curieux mélange s’il en est un : jumeler le rock classique, étoffé par un orgue Hammond gras et crâne, à des sensibilités et sonorités post-punk. La discographie de la formation oscille constamment entre ces deux pôles d’inspiration, et ce, de manière fluide et naturelle, la polyvalence étant inscrite dans son ADN.
Un groupe prolifique aussi : l’année dernière encore, il ajoutait une autre perle à sa couronne – l’excellent We Are Love. Et le meilleur dans tout cela est qu’en concert, l’ensemble n’ai rien perdu de son souffle ni de son entrain. Même si la plupart de ses membres sont résolument grisonnants, leur soif d’expériences musicales et d’expression de soi est toujours inassouvie.
Le sourire énigmatique et un peu charlatanesque (c’est le cas de le dire) du chanteur Tim Burgess, ornait de manière minimaliste et précise les accords généreux du guitariste Mark Collins et la basse rythmée, mais douce du fondateur Martin Blunt, le tout tranquillement étalé sur les rythmes modernes signature du groupe. Un mur-écran vidéo complétait le récit musical d’images et de lumières impressionnantes. Le public était principalement composé d’hommes dans la cinquantaine ou plus âgés, dont un bon nombre affichaient délibérément une dégaine de voyous anglais, un peu vilains et irrévérencieux, un brin arrogants, mais aussi admirablement bien dans sa peau au milieu de l’univers un peu glauque du nord de l'île couverte de brume.
Tradition oblige, The Charlatans ont gardé leur plus grand succès, The Only One I Know, pour le rappel, en fin de spectacle. L’accueil du public montréalais était des plus chaleureux, et les membres du groupe n’ont pu cacher leur sourire de contentement en quittant la scène.
C’était un concert inspirant, rempli de grâce artistique. La première partie a été dévolue à Frankie Rose, qui a déversé son agréable mélancolie électronique frigorifiée devant un public averti et enchanté.
Sourire au coin des lèvres, elle a tiré sa révérence en nous lançant : « I know you guys in Montreal like dark shit ». Cela, pour s’expliquer l’accueil étonnamment enthousiaste que le public d’ici lui avait réservé. Et elle avait raison. On aime l’art sombre, mais on apprécie aussi le soleil qui filtre par les vitraux des cathédrales.
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