J’ai vu le groupe Gorillaz en concert!
Bon, à vrai dire, je n’étais pas un adepte, je les connaissais à peine, et si tant est que je les connaisse, c’est uniquement grâce à leurs succès planétaires Feel Good Inc., DARE (chanson que j’adore et admire tout autant que sa vidéo) et Clint Eastwood. Le groupe m’intriguait un peu, mais je le croyais trop pop pour mon goût. Au début de cette année, j’ai décidé d’élargir mes horizons et de prêter mon oreille à leur dernier album The Mountain, marqué par la douleur, le deuil et, finalement, débouchant sur la catharsis et l’éveil spirituel. J’ai été sincèrement ému par cet opus si beau, et j’eus vite fait de m’acheter un billet pour leur spectacle au Centre Bell, le 3 octobre 2026.
| Avant le début du spectacle |
C’était un concert délirant et déstabilisant, débordant de couleurs, d’images, de sons, de personnages tant réels que virtuels. Il y a eu des moments explosifs qui m’ont fait presque craindre pour ma survie physique (j’ai eu des palpitations). Le cœur et l’âme de la formation, l’inimitable Damon Albarn, était déguisé en dictateur militaire : veste kaki, béret écarlate, mine triomphale, singeant la gestuelle d’un égocentrique avantageux. Un clin d’œil à l’époque grotesque qui est la nôtre, et qui a mis aux commandes du monde toute une ménagerie de sociopathes maléfiques.
C’était un concert long et intense, où l’éclectisme des images et les revirements de style, caractéristique du groupe, étaient poussés à l’extrême, si bien qu’ils rendaient le tout difficile à digérer et à assimiler. Le trop-plein esthétique dépasse les limites de la perception humaine et aboutit à la non-esthétique. J’ignore si c’était un effet recherché, mais il me semble que la réalisation gagnerait à être un peu plus calibrée, plus épurée.
| Gorillaz |
Même si la tournée s’intitule The Mountain Tour, le spectacle comportait peu de titres de l’album du même nom. Cela dit, le show a quand même commencé par l’ouverture de l’album : la première piste de The Mountain, nommée (surprise!) The Mountain, d’inspiration indienne pleinement assumée.
Damon s’est rapproché mainte fois du public, s’est promené le long des rangées, a pris des gens dans ces bras, a serré des mains. Ce faisant, il paraissait humble, vrai, humain, abordable. C’était beau à voir.
Seul nuage à l’horizon : la sonorisation du Centre Bell laissait beaucoup à désirer. La musique de Gorillaz en ressortait déformée, flou, inarticulé, comme un borborygme amplifié, à tel point que j’avais de la difficulté à distinguer certaines pièces. C’était d’autant plus malheureux que l'univers sonore de l’ensemble en est un de nuances, de timbres synthétiques aigus, de beats cassants, et qu’elle se prête mal à une accoustique aussi indistincte. La seule fois où j’ai vécu une expérience comparable était à Toronto, au stade Rogers, où le son de The Red Hot Chili Peppers, The Strokes et Thundercat s’apparentait à celui d’une vieille enceinte défoncée. Mon hypothèse de profane est que les stades ne sont pas faits pour accueillir des concerts : les résonances induites par leurs propriétés physiques submergent et étouffent le jeu.
La première partie fut assurée par Deltron 3030 (que je n’ai pas pu entendre) et la rappeuse londonienne Little Simz, qui a par la suite rejoint Gorillaz pour interpréter un morceau avec le groupe, plus tard dans la soirée. Du rap alternatif énergique et animé, oscillant entre la rage et la célébration, mais toujours rempli d’optimisme et d’esprit positif.
| Little Simz |
Les grands tubes étaient évidemment laissés pour la fin : le concert s’est terminé par Clint Eastwood, dans une version allongée, couronnée par un instrumental à la fois posé et endiablé. Je me sentais comme à l’issue d’une expérience purificatrice.
Un peu heurté par l’imagerie déjantée et le son imbuvable, mais aussi assagi et affranchi d’un mal inconnu. Le public, sur le chemin de sortie, avait une mise digne de l’occasion : cheveux teints en bleu et en vert, costumes évoquant des héros de dessins animés, tenue renfermant une note gothique, maquillage assorti. En attendant le métro, j’ai remarqué que la quasi-totalité des passagers s'était attroupée du côté du train qui s’en va vers l’Est, soit les quartiers francophones. De retour au bercail, j’ai craqué une cannette de bière sans alcool.
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